La nature et les conséquences du vice
1 : S’étant ainsi exercés à la patience, lorsque nos élèves reviennent une fois leur devoir accompli, de ce monde extérieur, généralement après le décès de leur protégé, ils doivent encore rester auprès de celui-ci aussi longtemps que dure l’état naturel de son âme. Au moment de la révélation ou de la solitude, où de toute manière chaque esprit est livré à lui-même, ils reviennent dans le soleil spirituel. Et c’est à ce moment seulement que débute, pour eux, un autre destin. De quelle sorte sera celui-ci, et où se déroulera-t-il ? Cela est facile à deviner si l’on considère que nos élèves avaient jusque là largement l’occasion d’être en contact avec l’opposition à la loi, d’abord en tant qu’apprentis, sur un plan à la fois scientifique et spirituel, puis d’une manière pratique dans leur tâche d’esprits protecteurs, par
l’observance et le discernement.
2 : Une fois ces connaissances assimilées, ils doivent en acquérir une troisième, puis une quatrième. Ceci paraît logique à tous ceux qui savent que chaque vice entraîne des conséquences qui lui sont propres. C’est par le but atteint, par les résultats obtenus, qu’il est possible de reconnaître la cause, l’origine principale du vice. Et tant que l’on n’a pas pu constater les conséquences du vice ni compris où exactement il prend naissance, on ne l’a pas encore, en toute liberté, pris en horreur. Ce n’est qu’après avoir constaté de ses propres yeux, dans la vie courante, comment le vice cache en lui un enchaînement inéluctable de conséquences suivant un ordre déterminé, que l’on devient, en toute liberté de conscience et de volonté, un adversaire inébranlable du péché.
3 : Où nos élèves doivent-ils aller chercher cette révélation ? En compagnie d’esprits très puissants et expérimentés, ils doivent traverser les enfers, du premier au dernier. Dans les deux premiers ils peuvent mesurer les conséquences du vice, notamment dans le second, où les causes apparaissent de plus en plus clairement à travers les résultats. Et c’est dans le troisième enfer, le plus profond, le plus bas, qu’ils apprennent à discerner l’origine principale et la relation du péché.
4 : Plusieurs d’entre vous diront : la cause et l’effet sont deux points d’une circonférence qui sont appelés à se rencontrer en un seul et même point, car personne ne commet une action pour une autre raison que pour le résultat qu’il cherche à obtenir.
5 : Si par exemple quelqu’un décide de voler de l’argent à quelqu’un d’autre, il est motivé par son amour de l’argent et l’avantage que cet acte lui procurera : voilà la cause de sa décision. Et s’il s’est emparé de cet argent en volant, cette prise de possession en est sans aucun doute la conséquence, et rien d’autre que le résultat de la motivation de l’acte lui-même.
6 : Mais je réponds : si l’on considère la chose sous ce point de vue on ne fait rien d’autre que de commettre une haute trahison envers son propre jugement, et on prouve en même temps que l’on a jamais eu la notion de ce qu’est la sagesse intérieure. C’est pourquoi nous allons donner un exemple contradictoire qui montrera à l’évidence que le résultat et l’origine véritable de l’acte sont différents.
7 : Mais avant de produire cet exemple, il convient de citer quelques énoncés qui découlent de l’ordre divin, et qui montrent, de toute éternité,
que chaque action produit un effet déterminé dans lequel on peut discerner la cause, en conformité avec l’action.
8 : Voici ces énoncés :
Chaque action produit un effet correspondant déterminé par Dieu, et qui est en même temps une sanction. Cet effet constitue le jugement irrévocable qui est attaché à chaque action, Et ainsi le seigneur a fait en sorte que chaque action se juge elle-même.
9 : Et comme chaque bonne action a une seule cause, qui est le Seigneur, il en va de même de chaque mauvaise action. Chaque mauvaise action en effet a aussi une seule et même origine. Voilà pour nos énoncés
10 : Nous allons maintenant les éclairer par des exemples. Prenons le cas d’un fornicateur. Celui-ci, durant sa vie terrestre, s’est adonné au vice sans modération, et sans les moindres égards pour qui que ce soit. Personne ne pourrait deviner les effets du vice sur lui de l’extérieur, car le corps n’est pas toujours miroir du péché. Mais, par ses agissements vicieux, cet homme a abaissé son esprit en l’entraînant vers l’amour grossièrement matériel, charnel. Il a dilapidé ses forces vives, tant au point de vue spirituel que matériel. Que lui reste-t-il à la fin ? Son âme n’a plus qu’une vie de polype, et elle arrive dans l’au-delà sans autre besoin que ceux de la chair. Ses désirs sont ceux d’un polype :elle n’aspire qu’à poursuivre les jouissances qui la motivaient dans sa vie terrestre. Il ne peut même plus être question de la soumettre à des réactions d’ordre spirituel, puisque l’esprit, durant la vie du corps, a été totalement fusionné avec l’âme sensuelle.
11 : La question se pose : une âme semblable peut-elle être capable de s’élever dans l’au-delà et de subir une influence vivifiante ? Essayez donc d’attraper un polype dans la mer et de le transformer en danseur acrobatique ! Ce travail ne réussirait à personne, car dès que le polype est extrait de sa vase et exposé à l’air pur, il se ratatine meurt et se décompose en se transformant en une masse collante.
12 : Regardez, ceci est exactement le cas d’une de ces âmes concupiscentes et jouisseuses. Elles n’est qu’un polype vivant dans la boue qui n’a qu’un seul stimulant dans son existence : la jouissance. Toute son intelligence ne sert qu’à trouver les moyens de la satisfaire. Quelle en sera la conséquence ? Ce ne peut être que l’enlisement dans ce triste et pitoyable état de son âme, la rétrogradation dans l’animalité vulgaire la plus basse. ? Et cet état est précisément ce que l’on appelle le « premier enfer ». Celui-ci est une suite naturelle dans l’ordre et la justice : par ces actes interdits l’âme retourne à l’état inférieur, animal, d’où le seigneur l’éleva jadis, d’un degré à un autre, jusqu’à faire d’elle un être humain libre.
13 : Cet état pitoyable résultant du péché est intentionnellement maintenu par le Seigneur dans de grandes privations de jouissances, afin que l’esprit, qui se trouve enchaîné à l’âme, ait de plus en plus le désir de se séparer de la sensualité. Ce procédé est le seul qui donne encore une chance de se sauver à une telle âme, avec l’esprit qui l’habite. Car si l’âme continuait à être nourrie dans sa sensualité, son besoin d’assouvissement ne ferait que grandir, et il ne pourrait jamais plus être question de la sauver.
14 : Quelle est, dans un cas vraiment grave, la seconde conséquence de cette opération nécessaire ?
15 : Ecoutez ! Comme l’esprit était complètement uni à l’âme, tout son amour est passé dans la concupiscence. Si le jeûne imposé à l’âme a pour conséquence de le libérer un peu, il finit par se manifester, profondément offensé, révolté, récalcitrant, parce que l’âme qui est son habitacle dépérit, par la faim qui lui est imposée afin de le dompter.
16 : Cette offense et cette humiliation le poussent à se mettre en colère et à demander une compensation. Où trouvera-t-il celle-ci ? Dans le second enfer !
17 :Et Qu’est-ce que le second enfer ? Simplement la suite logique du premier. Et dans cette conséquence on peut déjà entrevoir la véritable origine des premiers agissements.
18 :Car la colère n’est rien d’autre que le fruit d’un amour-propre exagéré, qui a lui-même ses racines dans l’esprit de domination qui est le mobile de tous les vices et dont le siège se trouve dans le troisième enfer. La suite nous montrera de quelle manière un troisième enfer se développe en partant du second enfer, et comment nos élèves expérimentent ce processus en le suivant des yeux.
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