La matière existerait-elle
s'il n'y avait la puissance et
la volonté des esprits pour la créer,
la diriger et la préserver?
Aime et tu vivras
Mais aime divinement
et ta joie sera parfaite
n'aime pas à cause de la joie
aime par amour
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Chapitre 169
Conversation du Romain avec son père défunt
À peine avais-Je prononcé ces mots que quatre Romains en armes se tenaient devant notre juge, visibles non seulement pour lui, mais pour toutes les personnes présentes ; et notre juge en fut fort effrayé, parce qu'ils le considéraient d'un œil enflammé de colère. D'abord, il n'eut pas le courage de leur adresser la parole, et ce n'est que lorsque Je lui en donnai l'ordre qu'il demanda à l'un deux, qui était son père, s'il survivait vraiment à la mort de son corps, et de quelle manière.
L'esprit
Que nous soyons encore vivants, que nous ne soyons jamais morts en vérité, tu le vois bien maintenant de tes yeux chassieux ! Nous venons tout juste de préparer une grande campagne et sommes pressés d'affronter l'ennemi, et il faut que tu viennes follement m'empêcher d'accomplir pour César cet acte héroïque et glorieux ! Ah, stupide garçon, j'ai bien envie de te découper en mille morceaux de mon glaive tranchant !
S'il n'y avait pas derrière toi tout l'art de cet imbécile de magicien de Nazareth à qui la bêtise rend un culte divin, je t'aurais fait payer cher ta folie. Mais tu ne perds rien pour attendre ! Quand tu sortiras de ton sac de chair pour venir nous retrouver, tu recevras la récompense de ton absurdité !
Notre Romain répondit fort humblement : << Comment puis-je troubler votre repos ? Vous semblez n'en avoir aucun, puisque vous faites la guerre, et si l'homme qui est près de moi n'est qu'un stupide magicien de Nazareth, pourquoi obéissez-vous à Sa volonté ? Vous qui êtes des héros, n'êtes-vous donc pas plus puissants que Lui ? >>
L 'esprit
Le juge
L'esprit:
Le juge
L'esprit
C'en était un peu trop pour notre juge, qui, fort en colère, dit aux esprits : << Âmes plus qu'aveugles, comme vous êtes loin de la vérité profonde de la vie ! Comment voulez-vous tuer quelqu'un dans votre monde, alors qu'il est impossible d'y mourir ? >>
L'esprit
Le juge
L 'esprit
Alors, le Romain découvrit un paysage morne parsemé de forteresses autour desquelles se pressaient un grand nombre de huttes sordides. Près de celles-ci, il vit quantité de gens d'apparence fort misérable. Il vit aussi des combattants équipés d'armes de toute sorte, et, au loin, des camps autour desquels on se battait.
Et le Romain Me supplia, disant : << Ô Seigneur et Maître, replace-moi dans un état où je ne verrai plus d'âmes de l'au-delà ; car si toutes les âmes doivent s'attendre à une telle condition après la mort de leur corps, il vaudrait mille fois mieux pour l'homme n'avoir jamais été créé et mis au monde ! >>
J'ôtai aussitôt au Romain la faculté de voir le monde sale et inférieur des âmes impures, et, quand les esprits exécrables eurent soudainement disparu, Je lui demandai : << Eh bien, ami, as-tu bien reconnu l'apparence, le langage et le caractère de tes parents ? Que t'en a-t-il semblé ? >>
Le Romain
19. Et le Romain poursuivit seul : << Quant à mon père, je l'ai reconnu sur-lechamp, car il a été toute sa vie ce Romain d'un orgueil extraordinaire. Pour lui, tout homme qui n'était pas patricien valait moins qu'un chien errant sans maître, et, étant un peu chétif, donc inapte à cette carrière militaire qu'il mettait audessus de tout, je n'étais certes pas son préféré. Il fallait pourtant que je devinsse quelque chose qui fît trembler le peuple, et c'est pourquoi on m'a envoyé en Asie comme premier magistrat, avec pour instructions de montrer la plus grande
sévérité envers les contrevenants à la loi - ce que je n'ai pourtant pas fait, car, étant toujours plus ou moins souffrant, je me disais : "Vous êtes des hommes comme je le suis moi même, malgré l'orgueil intraitable de ma famille ; et vous, vous êtes opprimés. Je veux bien rendre une justice équitable, mais ce n'est pas moi qui vous tourmenterai avec une rigueur tyrannique !" À cause de cela, j'ai touj ours été bien considéré par le gouverneur.
Quand mon père était encore de ce monde, il est venu à Tyr et m'a demandé de sa voix impérieuse et perçante combien d'hommes j'avais déjà fait décapiter par mes sentences de juge, et combien avaient été crucifiés. À quoi j'ai répondu en toute vérité : "Jusqu'à présent, aucun ; car, par bonheur, il n'y a encore jamais eu de motif suffisant pour cela."
Alors, les yeux enflammés de colère, il m'a dit : "Ah, tu es bien toujours le même idiot stupide ! Si l'on veut maintenir le peuple dans un respect touj ours grandissant de la loi, il faut bien faire des exemples de temps en temps, même si personne n'a contrevenu à la loi. Si l'on manque de criminels, il faut prendre de force le premier venu dans la masse du peuple, lui inventer un crime que l'on fait confirmer par des témoins soudoyés, et l'on peut ensuite exercer sa fonction dans toute sa rigueur impitoyable. C'est ainsi que l'on inspire au peuple un vrai respect de la loi, et qu'on gagne les éloges de l'empereur."
Je lui répondis : "Cependant, nous avons reçu de l'empereur l'instruction secrète et très stricte de ne faire subir à personne sans une raison suffisante toute la rigueur de la loi. Un soldat et un général peuvent sans doute s'y prendre ainsi, mais cela ne se fait pas avec de paisibles citoyens."
Là-dessus, mon père rétorqua avec un rire méprisant : "Tu es bien toujours le même stupide imbécile !", puis, me tournant le dos, il s'en fut avec une hâte visible, et je ne l'ai plus jamais revu jusqu'à ce jour. Environ deux ans plus tard, j'ai reçu de Rome la nouvelle de sa mort - et, en vérité, je n'ai guère pu le pleurer !
Ainsi donc, il est resté tel qu'il était de son vivant, si ce n'est que son idolâtrie impériale s'est fort aggravée !
O Seigneur et Maître de toute vie, cette âme ne va-t-elle donc jamais s'amender ? Ne pourra-t-elle plus jamais être un peu éclairée - ni le peuple d'âmes qui lui tient compagnie dans l'au-delà ? >>
Je
S'estimant satisfait de cette réponse, le Romain se mit à réfléchir un peu plus à ce qu'il avait vu et à ce que Je lui avais dit.
lui dis aimablement : « Ami, toutes choses sont possibles à Dieu, si impossibles qu'elles paraissent aux hommes de cette terre ; mais tu n'en comprendras le quand et le comment que lorsque Mon esprit éternel de vie et de vérité te l'apprendra dans ton âme même. >>et le médecin dirent ensemble : << Ô Seigneur et Maître, nous n'avons jamais rien vu de si épouvantable ! >>: << Ouvre tes yeux chassieux, idiot, et regarde ! >>: << Mais alors, à quoi peut ressembler votre monde glorieux ? >>: << C'est d'autant mieux ! Puisqu'une âme ordinaire que nous avons déchirée se rassemble ensuite et continue de vivre, nous pouvons de nouveau la saisir et la déchirer ! >>lui répondit, tout gonflé d'orgueil : << Sache donc, idiot, que jamais un César n'est sorti du peuple vulgaire ; car celui-ci n'est là que pour travailler et combattre pour nous à la sueur de son front, afin que la renommée et l'opulence soient notre partage indiscutable ! Nous dictons des lois à notre avantage, et le peuple doit les suivre, sous peine des châtiments les plus rudes. Quiconque dans le peuple se permettrait ne fût-ce qu'une mauvaise parole contre nous serait puni de mort pour haute trahison ; car nous seuls avons le droit d'écraser tout ce qui nous déplaît tant soit peu. Nous avons même le droit, si cela nous plaît, de tuer ceux qui nous servent, sans qu'aucun sage puisse nous demander si cela est juste ou non ; car seul est juste ce que nous voulons et faisons, et tout ce qui va contre cela est un crime punissable ! >>demanda : << Ainsi donc, chacun peut devenir César chez vous ? >><< Crois-tu donc que, dans notre grand monde qui n'a ni commencement ni fin, nous soyons encore aussi aveugles, nous, hommes parfaits, que vous, les taupes et les orvets de cette saleté de terre pas plus grosse qu'une noisette ? Y a-t-il jamais eu d'autre dieu que nous ? C'est nous qui sommes les dieux, dont notre grand César est le premier, et moi, je suis sur les rangs pour devenir bientôt un César - car il y a maintenant chez nous une quantité de Césars ! >>: << Si vous êtes si puissants, pourquoi vous attardez-vous ici, sans songer que votre ennemi est en train de prendre l'avantage sur vous ? Ne croyezvous pas plutôt qu'il n'y a qu'un seul Dieu tout-puissant, contre la volonté de qui vos armes frivoles ne pourront jamais rien ? >>: << Que comprends-tu à ces choses, stupide imbécile ! Nous faisons ce que nous voulons et ne nous laissons rien dicter par quiconque ! >>répondit à son fils d'une voix perçante que celui-ci ne connaissait que trop : << Imbécile de fils, qu'as-tu à venir troubler notre repos et à nous déranger dans ce que nous aimons et faisons ?!
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